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Pourquoi les achats sont la clé cachée du Scope 3

Robin Lemaitre |

Quand une entreprise mesure son empreinte carbone, elle pense d’abord à ses bureaux, ses usines ou ses déplacements. Pourtant, la majorité des émissions se cache ailleurs : dans les produits et services qu’elle achète.

C’est ce qu’on appelle le Scope 3, et plus précisément la catégorie des achats de biens et services (Scope 3.1). Selon l’ADEME, le Scope 3 représente en moyenne 80 à 90 % des émissions totales d’une entreprise. Et dans ce Scope 3, les achats sont souvent le plus gros poste【ADEME, 2023】.

Le paradoxe ? Ce sont les émissions les plus importantes, mais aussi les moins bien mesurées.

Pourquoi c’est un angle mort

Les émissions liées aux achats sont dites « indirectes » car elles ont lieu chez les fournisseurs : production, transformation, transport des biens achetés. Et comme ces fournisseurs sont nombreux, dispersés et pas toujours transparents, il est difficile d’avoir des données fiables.

Faute de mieux, la plupart des entreprises utilisent des facteurs d’émissions monétaires : on applique un ratio CO2/euro dépensé sur chaque ligne d’achat. C’est rapide, mais approximatif. L’ADEME elle-même reconnaît que ces méthodes donnent un ordre de grandeur, mais ne permettent pas d’identifier où agir efficacement.【Base Carbone / ADEME】.

Résultat : on a une estimation globale… mais aucune visibilité réelle sur ce qui émet le plus.

Pourquoi il faut passer du monétaire au physique

Les approches monétaires (ex : kgCO₂e par euro dépensé) ont le mérite d’être simples, mais elles n’expriment pas la réalité physique derrière les produits : un euro de textile n’émet pas autant qu’un euro de plastique, ni qu’un euro de conseil.

Pour aller plus loin, il faut associer chaque ligne d’achat à un facteur d’émission physique : par exemple, les émissions d’1 kg de coton, de 1 m² d’acier ou de 1 L de peinture. C’est ce qu’on appelle une approche "physique" du bilan carbone.

Ce niveau de précision permet de :

  • Identifier les matériaux, produits ou fournisseurs réellement les plus émetteurs,

  • Comparer plusieurs options pour un même besoin (matière, origine, fournisseur…),

  • Agir de façon ciblée : substitution de matières, réduction de quantités, sélection bas carbone, etc.

En clair, une estimation physique ne donne pas juste un chiffre plus juste, elle permet d’agir là où ça compte.

Pourquoi c’est un levier stratégique

Ce manque de précision n’est pas qu’un problème technique : c’est un frein à l’action. Car pour réduire ses émissions, encore faut-il savoir où concentrer ses efforts.

Les grandes initiatives internationales (comme le GHG Protocol, le CDP ou le SBTi) insistent désormais sur l’importance d’inclure le Scope 3 dans les stratégies climat, et en particulier les achats, qui sont souvent le premier poste sur lequel agir. Car c’est là qu’une entreprise a du pouvoir d’influence : en fixant des critères, en sélectionnant mieux, en travaillant avec ses fournisseurs.

Ce qu’il faut retenir

  • Les achats de biens et services concentrent, dans beaucoup d’entreprises, l’essentiel des émissions, souvent sans qu’on en ait vraiment conscience.

  • Parce qu’elles sont dispersées chez les fournisseurs, ces émissions sont complexes à mesurer, mais impossibles à ignorer.

  • Tant qu’on ne les cartographie pas de manière précise, avec une approche physique, et non juste financière, on navigue à l’aveugle.

  • Les comprendre, c’est identifier des leviers concrets de réduction, poste par poste, matière par matière.

👉 Bref, si on veut passer du bilan à l’action, il faut regarder là où ça pèse le plus : dans les achats, et le faire avec les bonnes unités.

 

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